2021, année du Buffle et de la BD-bis !

 

2 février 21

Come prima passe sur FIP, un rayon de soleil éclaire mes doigts sur le clavier.
Comme avant, que me donnes-tu
temps d'avant pour les temps à venir ?

 

Chères amies, chers amis de la librairie la palpitante.

 

Dernier jour de Janvier, dimanches à lire sous la couette, balades au soleil, come prima, c'est un peu ce que je vous souhaite pour cette année 2021, avec un come dopo inconnu total, et une année du Buffle de Métal à venir.

 

Alors s'il n'y a pas d'activité particulière à venir à la librairie pour février, au moins se faire une sélection de lectures, en Bandes Dessinées, après tout, le Festival International de BD d'Angoulème se termine, s'il a commencé cette année !

(toutes les références de livres à suivre seront donc des ouvrages de bande dessinée)

 

Attention, au risque de divulgacher* votre plaisir de lecture de la lettre, et pour saluer Bacri, je vous le dis : je vais râler, en faisant tout de même attention de n'attaquer personne autrement que sur son action, voire sans nommer, la somme est trop importante ici. Mais je dirais aussi plein de choses super chouettes et encourageantes, si, si !

 

Ainsi, donc, le FIBDA avec encore et toujours de la polémique, puisque les débats sont quasiment impossible. Et ce n'est pas seulement du fait des restrictions que des impossibilités à communiquer entre les couches, les classes, entre faiseurs, créatrices, artistes et les autres : éditeurs, organisations, agences, ministères.

 

Convergences des précarités.

 

Les personnes qui vivent de ce que nous produisons, proposons (artistes, ouvriers, employées, personnel soignant, petit personnel, précaires) semblent de plus en plus s'enfoncer dans des autosatisfecit abscons, absurdes, frisant le ridicule… (Tiens, revoir le film...) et leurs oreilles sont bien sourdes aux cris de celles et ceux qui croulent sous les dettes, les heures de travail, en-souriant-svp, après-tout c'est une passion pour les artistes, une mission pour les soignants et c'est déjà bien d'avoir un job pour les autres, non ?

 

La République des Rapports.

 

Le rapport Racine produit en 2019 pour 2020 (prononcer vainvain) l'année de la beudeu (prononcer comme on peut.) ne sert à rien. Il a mis au jour les problèmes graves de précarité des auteurs et des autrices de BD (36% sous le seuil de pauvreté), mais on se gargarise de cette année de la BD et des chiffres de ventes merveilleux de la BD. Bon, pas de chance, c'est le personnage de vilain qui a pris le devant de la scène finalement… (souvenez vous : ici… éhéhé).

 

Cependant, pas grand chose n'avance donc. Merci à quelque 600 auteurs et autrices de le rappeler, et je vous invite à en lire plus ici si vous voulez comprendre : sur ActuaBD, par ex.

 

Vous saisirez ainsi pourquoi en tant que libraire et dessinateur BD, je n'accueillerais jamais de dédicaces BD à la Palpitante. Les rencontres, échanges, ateliers, etc seront toujours favorisées et si possible, de mettre en place à terme, la rémunération des personnes qui viennent.

 

Je ne l'ai vécu qu'une fois, le temps de promotion d'une BD, et si sur beaucoup d'aspects j'ai aimé, il faut surtout imaginer qu'une tournée de dédicace (relire La Tournée d'Andi Watson ou Caricatures de Daniel Clowes) c'est passer beaucoup de Week-ends plus ou moins loin de chez soi, souvent mal logé et mal nourri, pas toujours bien reçu (en tant que jeune auteur, notamment), s'assoir à une table une journée entière, à côté d'autres auteurs ou autrices avec qui ça va pas toujours être la fête, la grande famille… et ensuite, soit s'ennuyer ferme car le livre n'intéresse pas le public qui parfois se concentre sur les célébrités…(héhé), soit, quand on a eu la chance d'avoir un prix (pas peu fier) bon, ben là (toute mesure gardée pour des albums, genre sur Alzheimer etc) tu poses pas pied à terre. Les rencontres sont belles, notamment du fait du sujet pour mon exemple, mais regardons un peu les chiffres, au regard d'une société libérale, tiens !

Si tu fais un bon festival tu signe entre 30 et 50 albums (je crois pas l'avoir fait), pour les stars, j'ai aucune idée. Bon. Sur un album, comme le notre, vendu 17e, chaque auteur gagne… 1€ environ…

Je te laisse faire le calcul du gain sur un Week-end, sachant que la charte des illustrateurs et illustratrices préconisait un minimum de 150 € pour une illustration. Mais c'est rarement respecté (notamment par exemple dans la presse…)

 

Mais bon, c'est un métier qu'on aime, n'est-ce pas ? (hin hin)

 

Ce n'est pas que pour cette raison que je n'ai pas poursuivi, je suis surtout bien trop heureux comme libraire et surtout comme bavard pour rester enfermé, accroché à une table à dessin, même en atelier collectif…

 

Ah… La belle époque est belle et bien passée… euh… oui, bon, quand on lit Le Rêveur de Will Eisner si ça émeut par le côté aventure, ou la Vie de Mizuki de shigeru Mizuki, ou Une vie dans les marges de Yoshihiro Tatsumi, on y lit surtout des c-rêves la faim… mais bon… c'est une passion les p'tits mickeys… on peut toujours s'amuser des petits côtés et des déboires d'Adrian Tomine dans son dernier Opus, La solitude du marathonien de la BD

 

Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? s'interroge Le Monstrograph, la maison d'édition de Coline Pierré et Martin Page (oh, ceci n'est pas une BD)

 

Alors, auteurs, autrices de bande dessinée ou ouvrier.e.s artisan.e.s plus ou moins auto-exploitées ?

 

Il faudrait parler des entreprises, consortiums, groupes d'édition, mais là, désolé je n'ai pas les chiffres, ni les salaires de cette branche de la grande famille.

 

Précisons tout de même que la Bande Dessinée est le seul secteur du livre à connaître une telle expansion de ses ventes. Cela représente un petit nombre d'éditeurs (3-400 et 15aine de groupes d'édition majoritaires) par rapport au reste de la littérature, et de fait, un petit nombre d'auteurs et d'autrices francophones (FR, BE, CH), mais la traduction américaine et japonaise principalement représente une belle part désormais. On considère qu'il y a moins de 2000 « bédéistes » en France (lire ici, semble dater un peu mais pas tant)…

 

Attention, hein, il existe un certain nombre de maisons d'éditions vertueuses, qui traitent au mieux possible leurs artisan.e.s… Je dis « au mieux » parce que bien sûr il faut des sous pour payer tout le monde (des tables à dessins aux bureaux, de l'imprimeur au distributeur de cartons et que l'infâââme receleur libraire fasse sa marge!)

 

Pour continuer sur les affres du métier, je ne peux que recommander OLEG de Fréderik Peeters chez Atrabile (éditeur suisse de grande qualité) qui a réussi là le pari de l'autofiction pas exactement fiction mais pas complètement autobio ! Rappelez vous les remarquables et émouvantes Pilules bleues il y a 20 ans… Un de mes auteurs favoris.

 

Pour continuer dans l'intime et la BD, on ne saurait faire l'impasse sur Le Journal, de Fabrice Neaud, hélas définitivement introuvable, l'éditeur ayant fermé il y a 5 ans (demandez à la médiathèque ou chercher en occase…). Une œuvre pourtant majeure dans le domaine de l'autobiographie, au dessin exceptionnel et aux croisements de sujets rarement traités en BD…

 

Pour pallier aux soucis de la rémunération, saluons le courage de Lisa Mandel, autrice et directrice de collection, qui a décidé de se lancer, d'abord dans l'autoédition d'autobiographie (en écriture automatique ?? ;) ) avec cette Année exemplaire et puis, hop, elle et d'autres ont lancé leur maison d'édition d'auteurs et d'autrices…. souhaitons leur bon courage !!!

 

Bon, pour un certain Larcinet, ben, tout ça l'a fait craquer et le voilà en Thérapie de Groupe

 

Mais bon, n'est-ce pas le plus beau métier du monde ?? Ah, non, oups, c'est enseignant

 

Quoi qu'il en soit, et comme dit précédemment, il s'agit bien de tirer profit du travail de ces faignants Formidables Créatrices et Créateurs, vous pourrez retrouver tous les albums sus-cités dans les rayons de la Palpitante…

 

Dont, bien sûr, la majeure partie des prix d'angoulême cette année !!!! (qui sont plutôt très bien et qui étaient déjà en rayon!!) (sauf ruptures…)

 

Dont :

 

La mécanique du Sage de Gabrielle Piquet, Atrabile, dont l'ensemble de l'œuvre est un régal. Un album sobre et doucement farfelu, intelligent au dessin élégant, à l'instar du précédent, La nuit du misothrope – Prix de l'audace !

 

Paul à la maison de Michel Rabagliati, La Pastèque, pour qui aime les petites histoires de quinqua québécois au cœur tendre. Paul est une série étonnante de simplicité et de douceur, où l'on voit et suit l'évolution de Paul à travers les âges (de son auteur?) – Prix de la série

 

Le Club des amis de Sophie Guérive, 2024, la jeunesse de Tulipe, ours philosophique, qui au moment d'hiberner va se faire des amis, qui le resteront pour la vie… et donc, les autres albums… Prix Jeunesse 8-12

 

Anaïs Nin de Léonie Bischoff, Casterman, l'histoire de la vie de cette écrivaine, magnifiquement illustrée et racontée. – Prix du public de la télé

 

Peau d'homme de Hubert et Zanzim, Glénat. Superbe fable médiévale sur les rapports H/F H/H et plus si affinités;) Drôle, édifiant et émouvant dans cette ville du XVIe s, entre serrage de vis religieux et explosion des mœurs… (tiens… a m'rappelle quèquechose) – Prix des Lycéens et des supermarchés.

 

L'éclaireur de Lynd Ward, Toussaint l'ouverture, somme incroyable, travail de gravure remarquable, patrimoine de l'histoire dessinée ! Prix du… Patrimoine !

 

Voilà.

 

Cette année débute aussi avec quelques belles sorties dont :

 

Ne m'oublie pas de Alix Garin, éd. du Lombard

Un road trip initiatique aussi jubilatoire que terriblement émouvant. Une jeune femme Oldnappe sa grand-mère de son EHPAD et les voilà parties vers elles mêmes, les affres de la vieillesse, les découvertes de la jeunesse et la maison d'enfance de la vieille dame, un brin de myosotis sur le capot !

Je prévois de recevoir l'autrice quand ce sera possible et la faire dédicacer des piles de ce livre ! (ahah je plaisante ! On verra ce qu'on fera comme rencontre!)

 

Pour le reste, on se retrouve dans les rayons !

 

Ah si, tiens, aussi, littérature et belles choses : Le 12 Février, ce sera donc l'année du Buffle de métal qui débutera.

 

Pour fêter ça, les éditions Piquier (spécialisées en littérature asiatique) vous offre une magnifique reproduction d'estampe d'hiroshige pour 2 poches de la collection ! Je ne fais pas souvent d'opérations commerciales, mais celle là, ça fait des années que je l'aime, et que je décore chez moi avec ces beaux tirages (en 40 × 60 cm, tout de même).

 

Allez, on se retrouve bientôt.

 

Prenez soin de vous et merci encore et toujours de l'enthousiasme que vous manifestez pour La Palpitante, espérant être à la hauteur !

 

Tout de bon !

 

Raphaël

 

Ah, mince je voulais faire mon malin et placer Art Séquentiel, le nom savant des p'tits mickeys, mais j'ai loupé mon coup… à lire sur ça : la bd, art séquentiel de Will Eisner, et avec joie et délectation : L'Art invisible de Scott Mc Cloud, une BD sur la BD, partant du principe que l'essentiel est invisible (!) et se situe justement, entre les cases ! Édifiant, amusant, passionnant, livre de chevêt des personnes lectrices et/ou autrices de BD…

PS : Ah, oui, tiens, au fait. J'en parlais. Notre Album BD Little Joséphine, qui est épuisé, sera réédité en septembre. En attendant, je viens de recevoir un stock du fond de garage de l'éditeur, en solde. S'il te plait de l'acquérir, fais savoir ;)  et je te ferais une dédicace dedans… (éhéh…)

*Spoiler

 

 

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